Polémique autour du déploiement des Canadairs en Corse

Les récents feux de forêts de grande ampleur qui ont touché la Corse en cette fin de mois de mai ont relancé le débat à propos de la stratégie utilisée pour le déploiement des moyens aériens sur le territoire.

Les Canadairs, outils mythiques de la Sécurité Civile sont basés à Nîmes depuis peu, après avoir quitté la base de Marignane.

Cette délocalisation a elle-même créée une polémique, rapprochant les bombardiers d’eau de certaines localités françaises mais les éloignant logiquement d’autres zones à risque.

Des délais d’intervention trop élevés

Cela bouleverse les temps d’interventions, d’autant plus que les plans d’eau les plus proches pour écoper sont eux aussi éloignés par rapport à avant.

Concernant les incendies corses, les services salvateurs des Canadairs ont été opérationnels entre deux à quatre heures après les départs de feux. Un délai énorme qui a provoqué les dégâts que l’on constate, à savoir plus de 50 hectares brûlés dans la région ajaccienne et 350 hectares parcourus dans le secteur de Bonifacio.

Un délai d’autant plus surprenant au vu de la sécheresse exceptionnelle qui touche déjà le sud de la France, et la Corse. Elle se constate rapidement au simple regard de la végétation et des températures élevées de ces derniers temps. Le déficit pluviométrique atteint les 70% dans l’extrême sud de l’île.

Quelques jours avant les deux alertes subies sur l’Île de Beauté, cinq Canadairs se sont exercés pendant plusieurs jours sur la région. Le comble ! J’imagine les dégâts minimes qui auraient été causé si cela s’était produit à cette période, avec leur participation bénéfique.

Suite à cela, la date d’interdiction de brûler a été avancée au 12 juin. Gilles Simeoni a annoncé que les Canadairs arriveraient sur l’île le 11 juin, contrairement à la date habituelle et tardive du 1er juillet. Une excellente nouvelle légitime.

Ce positionnement stratégique leur permet d’accéder aux sinistres très rapidement, et surtout dès le signalement de départs de feux. Pourquoi l’attente avant leurs décollages a-t-elle été si longue ces derniers jours ?

Elle s’est révélée fatale. D’autres départs de feux ont eu lieu les jours suivants. Heureusement les hommes sur le terrain sont parvenus à contenir le brasier. Et chaque jour qui passe présente une menace très anxiogène jusqu’à leur arrivée.

Elle est attendue mais elle n’empêchera pas la bêtise, l’incivilité et la médiocrité des pyromanes. En effet, la plupart des mises à feux sont criminelles, volontaires ou involontaires. Leur fréquence est un indice indubitable de cette étiologie malveillante.

Leur venue fera cependant preuve une fois de plus, comme à chaque saison, de leur efficacité et de leur nécessité.

Car malgré la formation, l’expérience et le professionnalisme des secours au sol, les 6000 litres d’eau largués a chaque passage sont une aubaine. Non seulement pour faciliter le travail des personnels et pour les protéger, mais également pour atteindre des zones peu accessibles et limiter ainsi l’extension des flammes.

Comment lutter contre des murs de feu de plusieurs mètres de haut attisés par un vent important ?

Vergogna à tè chi brusgia a terra

Les avions pourraient même être déployés sur une période plus large, car le réchauffement climatique et les sécheresses extrêmes annuelles rendent (presque) banals des départs de feux en mars ou en novembre. Une chose qui était inconnue voire très rare par le passé.

Je n’oublie pas également les services des Trackers (très fréquents), des Dash 8 (plus rares en Corse) et des Hélicoptères Bombardiers d’Eau qui font partie de la flotte de défense incendiaire.

Les trackers étaient d’ailleurs en exercice sur la région au moment du feu de Bonifacio, mais ils ont mis plus d’une heure à intervenir pour des questions d’autorisations.

En 2009, des avions étrangers étaient positionnés en prévention sur le territoire. Des accords avec l’Italie existe. Mais les demandes d’appuis extérieurs ne peuvent se faire que si les moyens nationaux sont dépassés. Peut-être qu’à l’avenir des collaborations internationales plus fréquentes verront le jour.

Ces assistances peuvent donc se montrer intéressantes en cas de surcharge de travail, mais également en cas de problèmes de fiabilité. Ce fut le cas l’année dernière quand les douze appareils ont été cloué au sol pour inspection suite au désagrément subi par un appareil (train d’atterrissage) au décollage du tarmac d’Ajaccio.

La saison des feux a malheureusement débuté très violemment et laisse présager le pire au vu des conditions climatiques défavorables. Voilà pourquoi il est nécessaire de mettre toutes les chances de notre côté pour faire face à la moindre étincelle.

Le déploiement précoce des Canadairs est une conséquence alors qu’elle aurait due être une évidence.

J’espère que ces événements et cette polémique permettront une meilleure gestion des secours aériens à l’avenir, grâce à une meilleure répartition des moyens sur le territoire français, ainsi que des saisons élargies pour lutter efficacement contre cet ennemi dévastateur.

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