Incendies ravageurs : La Sécurité Civile manque-t-elle de moyens ?

La saison des feux 2017 a débuté tôt et de manière intensive dans le sud de la France et en Corse. J’en parlais déjà il y a quelques temps ici. Nous arrivons à la moitié de l’été et le bilan est catastrophique, pour une saison déjà lourdes de conséquences.

Et ce n’est pas fini puisque des incendies sont toujours en cours et l’on peut se demander ce que vont nous réserver les mois d’août et de septembre. Pour l’heure, la saison rappelle celle de 2003 avec ses feux gigantesques.

Tracker

Le récent incendie d’Olmeta-di-Tuda, qui a parcouru 1800 hectares, est d’ailleurs l’incendie le plus virulent qu’a connu l’île depuis 2003.

Trop peu de moyens aériens ? Trop de dysfonctionnements ?

Les années d’expériences des services d’incendies et de secours ont permis de mettre en oeuvre des dispositifs efficaces et préventifs grâce à des déploiements quotidiens aux quatre coins des régions pour intervenir le plus rapidement possible sur des départs de feux.

Les moyens aériens, indispensables, sont eux aussi déployés de manière préventive, notamment en Corse, comme chaque année. Cependant, de multiples dysfonctionnements sont apparus concernant leur déploiement, j’en parlais déjà ici par rapport à l’incendie de Bonifacio où leur lente mise en oeuvre a été décriée.

L’incendie d’Olmeta-di-Tuda, a mené une nouvelle fois à des dysfonctionnements dans le dispositif, notamment mardi où un seul canadair était disponible du fait de leur lourde exploitation ces derniers jours. À l’heure des restriction budgétaires perpétuelles, la question de la flotte de la Sécurité Civile se pose une nouvelle fois.

Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, s’est déplacé en Haute-Corse et a annoncé l’acquisition de six bombardiers Q400 (Dash 8) supplémentaires. Pour l’heure, la Sécurité Civile en exploite déjà deux exemplaires depuis 2005.

Leur mise en oeuvre au sein de la flotte avait fait polémique du fait de leur maniabilité moindre sur des reliefs tourmentés et accidentés. Mais leur polyvalence a sauvé la mise. En effet, il dispose premièrement d’une capacité importante de 10 000 litres de retardant, mais peut également se transformer en transport de personnes grâce à sa capacité d’accueil de 64 passagers.

Dash 8

De plus, sa vitesse de 600 kilomètres par heure et son autonomie de 1 800 kilomètres sont deux atouts supplémentaires pour un déploiement rapide en France, mais également dans les pays alentours.

Les tracker bientôt remplacés

En plus des Canadairs, la Sécurité Civile dispose de neuf Tracker déployés en binôme et en première intervention, pour larguer leur 3400 litres de retardant via quatre soutes sélectionnables dès les débuts d’incendie. Cet appareil est en réalité une version dérivée de l’appareil de lutte anti-sous marine Grumman S-2 Tracker, construit à l’origine pour l’US Navy, et dont le premier vol remonte à… décembre 1952.

Ils ont servis jusqu’en 1976, puis des appareils ont été rachetés, notamment par la société canadienne Conair Aviation spécialisée dans la lutte incendiaire. Ils sont depuis utilisés à travers le monde. Au fil du temps, ils ont été modernisés pour recevoir des turbopropulseurs et remplacer les moteurs à pistons en 1988.

Vous l’aurez compris, les appareils sont à bout de souffle, et leur remplacement était de toute manière prévu suite à un appel d’offres lancé l’année dernière pour trouver le remplaçant idéal à ces tracker historiques.

Ajaccio, incendie en 2012

L’annonce de Gérard Collomb est une excellente nouvelle mais n’a donc rien d’étonnant, là où le manque de moyens est une fois de plus décrié. En effet, Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, a demandé l’aide de moyens européens pour venir à bout de cet incendie dévastateur et pour compenser l’indisponibilité des moyens français.

Des appareils éprouvés et très sollicités

Il faut dire qu’ils ont été très sollicités depuis le début de la saison, et le sont encore ces jours-ci de manière intensive dans le Var et en Corse. L’achat de six Dash 8 supplémentaires permettra d’agrandir la flotte à court terme, encore que leur date de mise en service n’a pas été dévoilée. Ils permettront ensuite de remplacer les Tracker, et cela progressivement à l’horizon 2022. Six est d’ailleurs le chiffre maximal qui a été stipulé dans l’appel d’offres de l’année dernière.

Ce qui signifie qu’il faudra trouver d’autres modèles ou réaliser d’autres achats pour agrandir enfin la flotte de la Sécurité Civile. La suppression indispensable du Tracker au profit du Dash 8 impliquera-t-elle une perte d’efficacité sur des reliefs accidentés ?

Peut-être. Pour voir le verre à moitié plein il faudra regarder du côté de sa capacité 3 fois supérieure à celle du Tracker, ce qui compensera cette perte d’efficacité. De plus, deux exemplaires étant déjà parfaitement connus de la Sécurité Civile, il est dans un sens logique d’agrandir cette flotte plutôt que d’acquérir un autre modèle qui nécessitera formation des pilotes voire de nouvelles infrastructures adaptées.

L’autre outil indispensable reste le Canadair. Agrandir cette flotte serait bénéfique, mais compliquée pour l’heure du fait de leur production qui était stoppée, mais heureusement récemment reprise par une société ultérieure. D’autant plus que ces appareils vieillissent également, et devront être remplacés dans les années qui viennent…

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